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Délice turc à Istanbul

lundi 2 février 2009, par Jc

C’est bien au-dessus du plancher des vaches qu’a commencé le voyage en Turquie. Dans l’avion, les messages aux délicieux accents turcs se succèdent, nous faisant découvrir une langue belle et riche, incongrue et fascinante. Puis vient la mer Noire. Le soleil s’étant déjà usurpé à notre délectation, c’est donc une masse sombre qui apparaît par le hublot, délimitée par les lumières du soir d’une Istanbul casanière déchirée entre le jour qui s’éteint et la nuit naissante. Jusqu’ici, on pourrait bien survoler Lisbonne, Athènes ou même Barcelone. Jusqu’à ce que l’étendue nous frappe...

Istanbul

C’est donc par cette froide nuit d’avril que, sans appréhension, je débarque dans ce pays, cet entre-deux. Un dernier soupçon d’incompréhension fait son chemin en moi pour constater, bercé par l’air salin, que je suis bel et bien arrivé. C’est dans le taxi de M. Orhan que les premières images se forment dans un paysage jusque-là absent. La route longe la mer, de l’aéroport Ataturk, du nom du fondateur de la Turquie moderne, jusqu’au quartier touristique de Sultanhamet. Dans la pénombre, il me semble apercevoir des dauphins nous faisant cadeau d’un spectacle. L’image provient sûrement de mon cerveau cherchant un exutoire à la musique pop turque s’exaltant sur mes tympans comme une bière sort de la bouteille trop brassée.

À moitié endormi, le taxi promène mes illusions sur le bord de la mer de Marmara, au pied des mosquées, à l’ombre de la vénération. C’est en survolant la profondeur de la mer Noire que la ville nous frappe, de prime abord. Ayant, de manière plus ou moins officielle, environ 16 millions de résidant, Istanbul s’étend jusqu’à l’horizon. De haut, elle semble être bien plus qu’un pont entre l’Asie et l’Europe, mais un chemin aux confins d’un monde, là où même le mysticisme ne saurait nous emmener. C’est par son coup d’œil, sa manière de flirter avec les grands, de recréer l’image de la perfection, dans tout son synchronisme, qu’elle nous marque au fer chaud.

Le taxi me laisse donc devant un hôtel sans charme apparent donnant sur une rue de pierre où se succèdent une multitude de commerces de tapis turcs, tous ayant roulé le tapis pour la journée. Les sacs déposés, je me dirige vers un jour provenant du toit, suggérant une trace de vie dans un endroit où il ne semble y avoir que le noir. Avec stupéfaction, je me retrouve sur le toit de la baraque avec d’un coté les minarets de Sainte-Sophie et de l’autre la prétention de la mosquée bleue. Dans tous les endroits que j’ai visités, je me demande vraiment si j’ai déjà vu quelque chose de semblable.

La dualité

Si dans l’Islam même on a de la difficulté à s’entendre sur une vérité, c’est bel et bien du ciel qu’on la puiserait. Du bas de la colline, je regarde les minarets illuminés qui transpercent le ciel en brisant la scène multiforme que donnent les dômes sacrés. Jadis décrits comme « les portes du ciel et de la terre », les minarets servent aujourd’hui de tremplin à l’appel à la prière que crachent plusieurs fois par jour les haut-parleurs qui y sont accrochés. Au petit matin, lorsque la dernière étoile repart se terrer sous les abysses, le premier appel à la prière se fait, et donc c’est le meilleur moment qu’a le profane pour se lever. Il n’y a pas meilleur moment pour comprendre l’ampleur de la religion islamique dans la république laïque de Turquie.

Faisant mes pas à travers ce quartier névralgique, je me dirige vers le point central d’où on peut apercevoir les chefs-d’œuvre, tendre les bras et poser ses deux mains sur chacune d’elles. L’odeur des marrons grillés et des épis de maïs commence à se faire présente. Béat, je contemple la scène avec satisfaction. Les croyants se dirigent la tête baissée vers la grande mosquée. Bâtie sur les ordres du sultan Ahmet, cette mosquée devait rivaliser en grandeur avec Sainte-Sophie, plus que son alter ego. Prétentieusement bâtie avec six minarets (seulement la Mecque en avait autant à ce moment-là), elle n’aura jamais égalé l’élégance, le mysticisme et la grandeur de l’autre mosquée. Héritée des Byzantins et construite comme une cathédrale, Sainte-Sophie a été transformée en mosquée par les Ottomans et est devenue musée sous Ataturk. C’est un peu ici que tout commence, que le syncrétisme naît du prosélytisme et que A devient B.

La Turquie est un pays à part. Un pays où règne la religion islamique, où 55 % des femmes portent le voile, mais le font s’appareiller aux vêtements tendances des couturiers du moment. C’est le pays de l’islam chic. En cette veille du Vendredi saint, l’humanité tout entière semble s’être regroupée au Grand Bazar pour déguster un thé avant d’aller satisfaire ses plus bas instincts de mercantilisme. Après tout, Istanbul a toujours occupé une place prépondérante dans le monde ancien, beaucoup pour la route de la soie. Sa richesse est tout d’abord venue des péages que l’on prélevait aux bateaux traversant de la mer Noire à la Méditerranée par le détroit de Bosphore.

Quoique n’ayant pas de qualité mythique de création, Istanbul a, en elle-même, assez d’histoire pour rivaliser avec les capitales italienne, gauloise et certainement anglaise. Son écorce est épaisse et ses joyaux nombreux. C’est donc à partir d’Istanbul que je déambule jusqu’à Byzance, et par Constantinople je retourne à Istanbul. De la rive du Bosphore, on peut en effet réaliser l’ampleur de l’affaire et, de manière exponentielle, à partir du traversier qui nous emmènera dans un quartier plus commercial où coagulent les jeunes Turcs.

Du traversier, on est surtout à même de voir l’importance du plan d’eau pour la ville, avec les centaines de bateaux transitant vers le grand port, les dizaines de traversiers offrant des destinations locales autant qu’internationales, mais surtout, de là on peut regarder les dauphins nager, innocents, inconséquents, magnifiques.

Protagoniste de ce monde métissé, Istanbul est cependant plus que l’histoire ou l’architecture. C’est en se promenant dans le quartier Beyoglu que l’on peut palper l’esprit créatif. Sur cette rue dont je ne peux voir le nom, se rassemblent écrivains, musiciens, jeunes branchés et activistes chevronnés. Un amalgame chaotique de tout ce qui est délicieux dans la culture turque peut donc nous apparaître d’un seul coup d’œil. Au détour, quelques milliers de jeunes brandissant le drapeau turc font la démonstration de leur peur, fictive disent certains, de l’islam en politique. Suivis de près par la police et les chars d’assaut, ils se dirigent vers la place Taksim, en scandant des « non au voile », « non aux coups ». Connaissant le peu de sympathie qu’éprouve la police turque envers l’intégrité physique des gens qui aiment parler à voix haute, je décide donc de me replier dans mon petit coin du monde. De retour à l’ombre des minarets désormais miens, je songe aux songes et me pose une question me pénétrant, me faisant frémir de joie et de stupéfaction : « Où pourrais-je sortir ce soir ? » En Asie. Certainement.

Article de JC écrit sur La grande époque

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