Voyages Baroude, le site des baroudeurs. Partager pour mieux voyager.

AfriqueMaroc 

Rallye des gazelles - Tagounite

dimanche 12 février 2006, par christine

Retour Partie01 Partie02 Partie03

Nous sommes seules. Personne pour nous indiquer où planter notre tente, pas d’emplacement réservé ni de voisins bruyants. Juste de l’espace à l’infini et la liberté d’aller et de nous poser où bon nous semble.

Quelle sensation de calme, de tranquillité et de sérénité si propre au désert ! Tant pis pour la bouteille de champagne que nous souhaitions partager avec d’autres gazelles, ce sera pour une prochaine occasion, espérons-nous. Le lendemain matin, si tôt le café avalé accompagné de quelques dattes, nous plions bagages. Il est cinq trente heures du matin et il ne nous reste que cinq balises à trouver. Tous les espoirs sont permis. Mais le rallye des gazelles est tout sauf « un long fleuve tranquille ». Rien n’y est jamais acquis.

Pourtant sure de mon chemin, je nous entraîne dès le lever du soleil dans la mauvaise direction. Il faudra quatre heures, une fouille complète d’une partie du terrain pour me persuader que finalement de toute évidence la balise n’est pas cachée de ce côté. À dix heures trente, le drapeau rouge apparaît enfin. J’en ai les larmes aux yeux de déception. Me viennent alors en mémoire les paroles de Louise Bergeron, navigatrice de l’équipe RDS qui un soir après une mauvaise journée m’avait confié avoir ce jour-là compris le rôle de la copilote : « Tu fais faire des franchissements incroyables à ton pilote pour gagner des kilomètres et la minute d’après tu fiches tout en l’air en te perdant ». Ce n’est pas vrai, je le sens bien à la seconde même ou j’y pense. Dans une équipe, on perd ou on gagne ensemble. Mais difficile de ne pas maudire son propre entêtement et de ne pas remettre en question ses compétences un instant. C’est aussi celà le rallye des gazelles : apprendre à gérer ses déceptions sans se laisser déstabiliser.

Deux points de contrôles plus loin, la malchance s’acharne sur nous. Face à un banc de dunes, nous prenons le risque de forcer le passage sans dégonfler les pneus ni repérage à vue. De toute façon, notre compresseur est mort et il est déjà dix-sept heures trente, le temps nous manque. Mal nous en a pris, le sol poudreux s’effondre sous nos pneus et la voiture s’enfonce jusqu’au bas de caisse dans le sable chaud. Le 4x4 est pris et bien pris. Nous faisons à peine trois pas à l’extérieur de la voiture que déjà nos chaussures sont pleines de sable. Le soleil tape encore à plein régime et il fait chaud, très chaud. Chacune armée d’une pelle, nous commençons par dégager les quatre roues puis le dessous de la voiture. Le sable est si fin qu’il coule comme de l’eau dans les endroits que nous venons de libérer. Les plaques de désensablage installées à l’arrière et les chaînes de ski-doo à l’avant, Catherine tente un dégagement.

La voiture avance de deux mètres, les roues patinent et le 4x4 s’ensable à nouveau. « Crissss. En plus, les plaques restent coincées sous les pneus arrière ». Il nous faut utiliser le high Jack, cric à haute élévation, pour les dégager et reprendre une fois de plus la manœuvre … pour un même résultat. Le pick-up s’embourbe une troisième fois. Cette fois, les plaques ne sont pas coincées sous les roues mais profondément enfoncées dans le sable. Nous mettons un bon vingt minutes pour les trouver et les sortir de leur trou. Il nous manque encore une dizaine de mètres avant d’être sortie d’affaires. Pas le moment de s’apitoyer sur notre sort, juste le temps de jurer et de crier notre fatigue et notre énervement. Nous savons que nous allons nous en sortir et de toute façon, nous n’avons pas le choix. Alors, let’s go la pelle, les plaques et les chaînes encore une fois, puis deux. Nous ne sommes plus qu’à deux mètres de la fin de notre calvaire lorsqu’un équipage de gazelles françaises nous rejoint pour nous prêter main forte. A quatre, il suffit d’une forte poussée pour libérer le 4x4. Pour un peu et j’aurais embrassé les « 122 » tellement mon soulagement est extrême.

Nous finissons la journée avec dix balises sur notre fiche de contrôle, une bonne moisson qui efface notre déception de la deuxième étape. De retour au bivouac, nous constatons que les trois derniers jours ont été difficiles pour tout le monde.
Parmi les équipages québécois, plusieurs ont du revoir leurs ambitions à la baisse. Martine Roy et Anne Hébert, équipage 119 KML Bearing, ont même envisagé sérieusement abandonner à la deuxième étape. « Au début, c’était juste la panique et le stress. Il a fallu qu’on se reconnecte sur notre objectif du départ : avoir du plaisir avant tout », me raconte Anne. Le travail en équipe pour des femmes qui n’ont jamais vécu une telle expérience est en soi toute une épreuve. « C’est comme la vie de couple » m’explique Nicole Houle de l’équipe Germain Larivière et douanière des québécoises, « il faut savoir respecter les capacités et les limites de chacun si on veut évoluer ensemble ».

Image du jour :

Il est 15 heures trente lorsque nous arrivons à la balise numéro 9. Le pointeur, Mohamed Echatri, qui n’a vu personne depuis dix heures le matin est bien content de nous voir arriver et de faire enfin un peu de jasette.

C’est ainsi qu’autour d’un bon thé à la menthe, il nous fait part de sa vision du Maroc. « Le Maroc est un pays riche : il y a le désert et la mer, des montagnes et des vallées. Il y a des blancs et des noirs. C’est aussi un pays musulman avec des gens comme moi mangent du porc et boivent un peu d’alcool. C’est ça le Maroc : un pays où il y a le respect des religions, il y a des mosquées et des bars » !

27 avril, Tagounite – Café Internet L’Oasis – jour 6

L’étape du jour s’est déroulée tellement vite que nous arrivons à la fin du parcours avant que le bivouac ne soit complètement monté. Nous voilà obligées de patienter en sirotant une boisson fraîche dans un café Internet de la ville de Tagounite, superbe et immense palmeraie.
Les étapes 4 et 5 se sont déroulées sans anicroches. Chaque soir, nous rapportons toutes nos balises et gagnons la septième place au classement général. Mais la fatigue se fait sentir. Afin de ménager nos forces, nous modifions notre stratégie de course et cherchons la route la plus facile pour ramasser le plus de balises. Nous ne sommes pas les seules à souffrir d’épuisement et les accidents ou malaises se succèdent, même chez les Québécoises. Annick Larivière, équipe 112, se foule la cheville, Chantal Vincke, des quads « Moto Ducharme » se blesse au poignet et abandonne la course. Kathy Beaulieu, équipage Flight Logistics, souffre de déshydratation et doit rester toute une après-midi perfusée. La mécanique humaine des gazelles proteste devant les efforts demandés et chaque fille doit trouver en elle la recette magique pour ne pas lâcher. Pour faire face au stress et à la panique qui les empêchent d’être efficaces, Anne Hébert et Martine Roy, équipage 119 KML Bearing Inc décident de « se connecter à nouveau sur leur objectif du départ : avoir du plaisir avant tout ». D’autres, comme Marguerite Laflamme de l’équipe Multiprêts, choisissent de « laisser couler parce que cela ne sert à rien de se choquer face à quelque chose qu’on ne peut pas contrôler ». « Au-delà de la performance, l’important », me rappelle Marie-Pierre Chapleau, coéquipière de Kathy Beaulieu, « c’est surtout de revenir avec le sourire ». De notre côté depuis six jours, Catherine et moi nous employons fermement à ne pas perdre de vue ces deux balises essentielles « plaisir » et « sourire ». Un projet, quel qu’il soit ne mérite pas de briser une amitié.

Image du jour :

On dit du Sahara qu’il est désert. Mais il ne l’est pas tant que cela. Toutes les gazelles vous le diront, de la ville de Erfoud à celle de Mhamid, les équipages sont constamment sollicités par de jeunes enfants et des femmes venus mendier un crayon, des bonbons, de l’eau, de la nourriture ou des médicaments. Impossible de ne pas se sentir mal à l’aise, nous qui parcourons leur territoire à bord de nos voitures rutilantes de pays riches. « Il ne faut pas », me dit pourtant Madame Habiba Dassouli, marocaine de 33 ans. « Sans des événements comme le rallye des gazelles » ajoute-t-elle, « personne ne parlerait du Maroc et nous, nous n’existerions même pas ! ». Habiba Dassouli sait de quoi elle parle. Après deux participations au Rallye des Gazelles, elle lance en juin 2002 la caravane médicale ASMED, aujourd’hui devenu AMAME’S, l’Association Marocaine d’Aide aux Mères et aux Enfants du Sud. « Je me suis sentie très proche des femmes que j’ai vues pendant mes deux rallyes », m’explique-t-elle. « Leur gentillesse et leur hospitalité ont suscité chez moi l’envie de leur venir en aide. Elles et moi sommes marocaines mais moi j’ai l’avantage d’être libre et indépendante ». La caravane médicale est composée de vingt et une personnes dont dix médecins et infirmières marocains qui tous, prennent une semaine de leurs vacances pour venir en aide à ces populations isolées.

Généralistes, pédiatres, gynécologues, obstétriciens, pharmaciens, la plupart des femmes, apportent des soins à des enfants qui souffrent à 80 % d’infections liées au manque d’eau, d’hygiène ou à la malnutrition ou à des femmes qui malgré huit grossesses en moyenne, ne voient jamais de médecins.« Les besoins sont énormes et touchent le secteur de la santé mais aussi celui du développement, de l’éducation et de la sensibilisation à l’hygiène », me rappelle Madame Dassouli. C’est pourquoi en 2004, AMAME’S a ouvert une garderie et une école maternelle dans la ville de Ihandar.
Depuis sa création, la caravane médicale suit le parcours du rallye des gazelles afin de bénéficier de son support logistique. « Dominique Serra, la fondatrice du rallye, nous assure le ravitaillement en carburant, l’hébergement et la nourriture de toute l’équipe, et nous prête tout le matériel de sécurité, le GPS, les radios, les pelles, les plaques et les sangles de remorquage, dont nous avons besoin », précise la présidente d’AMAME’S. Le rallye des gazelles ne fait pas que nous aider, tient à ajouter Madame Dassouli, « Il fait vivre beaucoup de gens et surtout il montre au monde entier le Maroc de demain. Celui du nouveau code de la famille qui donne enfin des droits à la femme marocaine et qui fait qu’une poignée de femmes de ce pays peuvent montrer à d’autres femmes d’ici que tout est possible ! ». Inch’ Allah.

JPEG - 47.9 ko
aicha
(Cliquer sur la photo pour agrandir)

Jeudi 29 avril, Mhamid – Bivouac - Jour 8
Et voilà, le rallye est fini. Nous avons passé une dernière fois la ligne d’arrivée ce soir vers 19 heures trente. Le soleil se couchait, avec lui la quatorzième édition du rallye Aïcha des gazelles. Assise à une table sous la grande tente blanche, je fête avec les autres gazelles la fin de notre aventure. La grande fatigue produite par ses dix jours de courses a quelque peu étouffé notre ardeur à célébrer mais le vin aidant, l’euphorie gagne du terrain. J’en viens presque à rire de ces deux derniers jours catastrophiques qui nous ont vu nous perdre dans les dunes de Mhamid à la recherche de la balise numéro trois que nous ne trouverons jamais. Je veux oublier cette tempête de sable qui s’est jouée de nous, transformant nos points de repère en silhouettes brumeuses. Ce soir, je ne veux me souvenir que de ces gazelles déterminées et combatives que j’ai vues pendant dix jours, qui en quelques minutes, oubliaient les heures de galère passer dans le sable pour courir encore et toujours après un drapeau rouge qui flotte au vent.

Ces femmes qui ont mis en péril leur place au classement pour aider des équipages en difficultés, qui malgré la fatigue, le peu de balises trouvées, les ensablements innombrables, ne lâchaient pas. Je veux garder pour toujours en mémoire ces paysages magnifiques tellement grands et sans limites que le sentiment de liberté qu’on a en les regardant est immense. Le rallye des Gazelles est dur, encore plus dur qu’on ne le pense. Mais Dieu, que l’aventure est belle !
Ce soir, nous fêtons toutes notre entrée dans la communauté des gazelles et une douzième place au classement général. Le trophée que nous rapporterons à la maison est fait d’émotions fortes et intenses qui font, comme le souligne Claudine Douville de l’équipe RDS, « qu’on ne se voit plus tout à fait pareil ». « On est pas mal plus forte qu’on ne le pense, hein ! », me dira Catherine Mainguy de l’équipe Assurelle. Assurément. Et si on recommençait…
Christine Simonnet-Barberger

Haut de page

Boite à outils

Rabat
Horaire15:45:56 PM

Maroc - Fiche pays

  • Europe
  • Europe

  • Afrique
  • Afrique

  • Amèrique du N.
  • Amérique du Nord

  • Amèrique C.
  • Amérique Central

  • Amèrique du S.
  • Amérique du Sud

  • Asie P.O.
  • Asie Proche Orient

  • Asie M.O.
  • Asie Moyen Orient

  • Asie E.O.
  • Asie Extrème Orient

  • Océanie
  • Océanie

VB pratique

Espace Pub